Coronavirus : une enquête brosse le portrait-robot des anti-masque

Au micro de France Info, un chercheur témoigne des résultats d’une enquête menée auprès de 1 000 personnes fréquentant des groupes Facebook anti-masque.

Les anti-masques sont principalement « des femmes » d’une cinquantaine d’années ayant fait des études ou étant cadres, mais surtout avec une « très forte défiance envers les institutions politiques et même envers les institutions médiatiques » et adeptes « des théories du complot », explique le professeur agrégé de sciences sociales et chercheur à SciencesPo Grenoble, Antoine Bristielle, mercredi 26 août sur franceinfo. Le chercheur a réalisé une enquête auprès de 1 000 anti-masques contactés via des groupes Facebook mobilisés contre le port du masque.

Qui sont les anti-masques ?

La caractéristique principale de ces personnes est leur très forte défiance envers les différentes institutions politiques et même envers les institutions médiatiques, ce qui va expliquer en retour leur opposition aux mesures qui vont être prises par le gouvernement et en l’occurrence le port du masque. Par exemple, il y a seulement 6% de ces anti-masques qui déclarent avoir confiance dans l’institution présidentielle, 2% ont confiance dans les partis politiques, 10% dans les syndicats. On voit que toutes les institutions politiques suscitent une très forte défiance au sein de ces groupes. Ce sont des profils assez étonnants puisqu’il y a une plus grande part de femmes (63%) dans les personnes interrogées. On se rend compte aussi que ce sont des personnes dans des catégories sociales plutôt élevées parce qu’on a une part très importante de cadres : 36% de cadres parmi les anti-masques alors qu’ils ne représentent que 18% de la population totale. Des personnes qui sont également assez âgées, avec en moyenne une cinquantaine d’années, et aussi avec un niveau d’éducation assez élevé, avec en moyenne un Bac 2.

Sont-ils complotistes ?

Lorsqu’on leur pose des questions sur leur croyance dans les Illuminati, leur croyance dans la théorie du grand remplacement ou ce genre de choses, on se rend compte qu’il y a à chaque fois plus de la moitié des anti-masques qui vont être d’accord avec ces théories du complot. Par exemple, aussi, lorsqu’on leur demande s’ils pensent que le ministère de la Santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher la réalité sur la nocivité des vaccins, il y a 90% des anti-masques qui sont d’accord avec cette affirmation.

Les anti-masques se mobilisent-ils uniquement sur internet ou vont-ils aussi manifester ou faire des actions politiques ?

Il y a peut-être une manifestation prévue pour le week-end. Ce sont des personnes qui, certes, sont politisées, s’intéressent aux faits politiques, mais qui ont tellement de défiance envers les différentes institutions politiques qu’elles ne vont pas non plus appartenir à des partis ou des mouvements. La mobilisation en ligne a cela de particulier qu’elle permet de garder son individualité tout en ayant aussi un impact et une voix politique. [Les réseaux sociaux] permettent de compter les troupes. Ces individus se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls, que ce ne sont pas eux tout seuls qui n’ont pas envie de porter le masque et qu’il y a d’autres individus qui, eux aussi, refusent de porter le masque. Sur les groupes Facebook, très régulièrement, certains postent des messages en disant qu’il faut se mobiliser, de ne plus porter le masque. Ils affichent des revendications claires en écrivant quelque chose sur le masque pour dire qu’ils ne sont pas d’accord. Ou tout simplement, ils refusent de le porter quand ils sont dans un lieu clos alors que c’est interdit. Ils essaient de créer une sorte de mouvement de personnes qui refuseraient de porter le masque à l’extérieur.

https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/masques-sanitaires/femmes-quinqua-csp-adeptes-des-theories-du-complot-tel-est-le-profil-type-des-anti-masques-selon-un-chercheur_4085383.html