Le Professeur Didier Raoult a été auditionné, ce mardi, par la commission d’enquête sénatoriale sur la gestion de la crise sanitaire du Covid-19. Le Dr Jérôme Marty, revient sur les déclarations du Professeur Raoult et sur sa stratégie face à la crise du Covid-19.

Lettre au Professeur Raoult d'un

Professeur Raoult :

Je suis médecin généraliste et au contact des patients auxquels j’aime pouvoir répondre au sein de ce colloque singulier fait de confiance et d’apport de savoir de l’un et de l’autre.
Depuis des mois je ne pouvais pourtant répondre à la question d’apparence simple qu’ils me posent : « mais docteur l’hydroxychloroquine, ça marche ou pas? »
Je ne pouvais répondre à cette question parce vous avez fait le choix délibéré de l’empirisme et non de la constitution d’études académiques qui auraient permis d’avoir suffisamment d’éléments pour répondre à ces patients dans le doute.

En France et en Europe, face à vous des études ont été faites mais aucune n’a suivi le protocole de soin que vous préconisiez, celles-ci n’ont donc été d’aucun apport quant à la réponse à fournir à mes patients.

Mais depuis des mois, j’assiste à l’abandon progressif et régulier de ce traitement par nombre de pays…

Le 15 septembre lors de votre audition au Senat, vous avez répondu avec condescendance à mon confrère, médecin généraliste le Sénateur Bernard Jomier, qui vous rappelait la liste de ces pays : « Vous avez des informations avec lesquelles je ne suis pas d’accord. (…) Vous ne pouvez pas me dire à moi que vous savez mieux que moi. (…) Chacun son métier, les vaches seront bien gardées.» laissant supposer qu’un médecin généraliste sans doute était incapable de lire une étude, analyser et synthétiser des faits, poser une question… Une fois de plus, vous avez rappelé que 4,5 milliards d’êtres humains habitent les pays qui utilisent ( utiliseraient?) l’hydroxychloroquine, ce qui, convenons en, ne veut rien dire, si l’on ne précise pas l’indication d’utilisation (le fait que l’on utilise l’HCL dans le traitement de la malaria depuis des années ne justifie en rien l’absence de risque à l’utiliser dans le traitement de la Covid), et vous avez passé sous silence le fait que ce traitement n’est, dans le cadre de la Covid-19, plus utilisé semble-t-il que dans de rares pays dont pour certains, l’absence de transparence et de démocratie rend toute vérification difficile.

Vous n’avez pas répondu aux questions de Bernard Jomier, pas plus que vous n’avez accepté de débattre de vos travaux avec des médecins contradicteurs…

« Je ne vous appartiens pas » avez vous dit, chez vous la fuite se fait avec panache…

Vous avez affirmé refuser toute étude randomisée en double aveugle alors que votre protocole est dispensé en début d’affection pour une maladie dont 99,5% des patients guérissent (5 à10% gardant des formes chroniques tout de même). Depuis le mois de mars vous pouviez organiser ce type d’étude avec une surveillance stricte et une sécurisation optimale des patients volontaires, vous auriez pu le faire et vous ne l’avez pas fait. L’argument « éthique » que vous agitez ne tient pas plus que celui qui vise à nous faire avaler la paternité de 3500 publications scientifiques soit une publication tous les 4 jours depuis 40 ans.

Vous avez tourné le dos sciemment à cette solution pour construire des affirmations sans aucune base que vos affirmations…

Je ne peux, comme nombre d’autres confrères, y souscrire.

Depuis février les médecins de ville ont été présents, face à la maladie, sans protection puis mal armés, ils ont fait face quoiqu’il en coute, ils ont été là et jamais n’ont failli à leur mission!

Je me souviens de vos multiples affirmations et réflexions successives : vous n’alliez pas vous affoler pour trois Chinois qui meurent, la Covid-19 allait faire moins de morts que les accidents de trottinettes, vous aviez le traitement et ce serait la maladie infectieuse la plus facile à traiter, le virus allait disparaître en été, l’épidémie était terminée, l’épidémie reprenait, la transmission passait par les mains et la contamination respiratoire avait été exprimée il y a longtemps pour d’autres affections mais ne devait pas être prise aux serieux, pour finir par parler de contamination respiratoire et manuportée avant de revenir lors de votre audition à une contamination principalement manuportée.

On s’y perdrait presque, si les remontées permanentes des soignants de terrain et la lecture des études et observations internationales ne maintenaient le cap que, médecins, nous suivons.

Vous avez également affirmé: il faut sortir ceux qui ont peur et mettre en avant ceux qui n’ont pas peur. Je ne connais pas de soignants paralysés par la peur, je ne connais que des soignants conscients de leur rôle, de leurs responsabilités, de leurs missions, des soignants qui, je le répète, ont fait face dans des conditions particulièrement difficiles, sur tout le territoire et le referont encore.

Vous avez affirmé tant de choses… « il faut donner de l’espoir » avez vous dit comme ci cela justifiait toutes les déclarations, tous les mensonges. L’espoir a un effet placebo avez vous rappelé, en une déclaration curieuse pour celui qui refuse les études randomisées en double aveugle.

De l’espoir vous en avez donné jusqu’à fonder des certitudes dans le traitement que vous prônez et que vous ne voulez pas soumettre à une autre validation que votre opinion, dans vos publications, soutenues par vos équipes, dans vos revues. Vos idées ont diffusé jusqu’à l’étranger, Trump et Bolsonaro l’ont défendu, faut-il y voir un lien avec la gestion de l’épidémie aux USA et au Bresil? L’histoire le dira…

Vous avez joué sur les erreurs des politiques, leurs manipulations et le besoin de croire face à l’inconnu et la peur. Vous avez créé un mouvement, une religion pourrait-on dire tant l’irrationnel y est présent, où se mêlent simple croyance, complotisme, mouvement antimasque , ou antivax… ou les extrémistes se retrouvent et font de vos idées un terreau fertile. Cela vous ne pouvez l’ignorer, pourtant, vous ne dites rien, vous acceptez d’être suivi, salué, adulé, qu’importe le flacon, pourvu que vous ayez l’ivresse.

Vous etes l’architecte de votre histoire, batisseur de votre piedestal, créateur de votre isolement, fabriquant d’une rareté qui voudrait rendre toute attaque impossible.

L’image n’est pas la réalité, l’image est un mirage, les affirmations même martelées haut perché ne font pas des vérités. La science pour être reproduite relève d’études éprouvées et, même grand, même beau, sans études et sans preuves le capitole n’est pas loin de la roche Tarpéienne.

Dr Jérôme Marty
président UFMLS