Elia, amputée suite au Covid-19 : « Je ne pensais pas qu’à 18 ans je ferais partie des premières victimes »

Elle est l’une des rescapées du Covid-19. A 18 ans, Elia, grande sportive ne faisait pas partie des  » personnes à risques « .  La jeune femme -habitante de Wanze, près de Huy- a pourtant passé un mois dans le coma, dans un état très grave. Elle est aujourd’hui hors de danger mais garde de lourdes séquelles de cette épreuve : elle a dû être amputée d’une jambe.

Finalement, ça aurait pu être bien pire

Radieuse, Elia affiche un large sourire.  » Finalement, ça aurait pu être bien pire « , lance la jeune femme aux journalistes, un peu désarçonnés. Elle a laissé ses béquilles hors du champ des caméras. D’ailleurs elle l’assure tout net : elle se débrouille très bien sans.  

Elia en a conscience : elle est une miraculée. C’est au tout début du confinement quelle ressent les premiers symptômes de la maladie.  » C’était le jour où les magasins devaient fermer à midi « , se souvient-elle.  » Quand ma maman est rentrée à la maison, je me suis soudain sentie mal. Elle m’a tout de suite dit : on y va « 

Quand je suis arrivée à l’hôpital, il n’y avait que 4 personnes touchées par le virus et quand je me suis réveillée, il y en avait 4 000 

Ensuite, la situation se dégrade très vite. Elia est placée dans un coma artificiel. La jeune femme présente des symptômes atypiques de la maladie, dont une grave défaillance cardiaque. Pour sa famille, c’est le début de longues semaines d’angoisse.  » En raison du confinement, nous n’étions pas autorisés à lui rendre visite « , rappelle sa mère.  » Je les appelais toutes les trois heures car son pronostic vital était réévalué toutes les demi-heure « 

Inconsciente, Elia ne comprend ce qui lui est arrivé qu’à son réveil, le 15 avril.  » Quand je suis arrivée à l’hôpital, il n’y avait que 4 personnes touchées par le virus et quand je me suis réveillée, il y en avait 4 000 « . Elia découvre alors un bandage autour de son pied droit. Elle pense d’abord à une fracture ou une entorse liée à une chute pendant son malaise. L’équipe médicale lui apprend qu’elle a en réalité été amputée d’une partie de son pied droit.

Je me suis dit qu’avec toutes les prothèses qui existent aujourd’hui je pourrai avoir une vie normale

Pendant son coma, ce sont un cœur et un poumon artificiels qui prennent le relais des organes défaillants d’Elia. Une technique qui lui a sauvé la vie, mais qui n’est pas sans risques. Un caillot de sang condamne son pied.  » Ce sont mes parents qui ont pris cette décision de m’amputer, parce que moi je dormais à ce moment-là « , explique la jeune femme.  » J’ai essayé d’en blaguer, j’ai dit à ma maman, le jour où elle a pu venir me voir : ce ne sont que des orteils, c’est pas beau de toute façon, des orteils « .

Mais la situation se complique encore. L’amputation au niveau du pied ne suffit plus, il faut remonter jusqu’au tibia. Cette fois, c’est Elia qui prend la décision. Elle accepte cette nouvelle amputation.  » Je me suis dit qu’avec toutes les prothèses qui existent aujourd’hui je pourrai avoir une vie normale.  »

La force de caractère de la jeune femme ne laisse personne de marbre, à commencer par sa mère :  » elle ne se laisse jamais décourager. On n’en revient pas de sa force de caractère pour son âge, elle nous donne une bonne leçon « .

La première fois que j’ai retouché le ballon, c’était une sensation géniale

Elia est une grande sportive. Elle joue au basket depuis ses 4 ans.  » Plus qu’une passion, c’est toute ma vie « . Et la jeune femme ne compte pas s’arrêter là. En revalidation, les soignants lui ont d’ailleurs installé un panier de basket.  » La première fois que j’ai retouché le ballon c’était une sensation géniale. J’avais peur de ne pas y arriver, de ne plus avoir de force. Mais c’est impressionnant ce que j’arrive déjà à faire, même avec ma prothèse provisoire. C’était inespéré et c’est ce qui me permet d’avancer ! « 

Mais pour mener une vie aussi normale que possible, la famille va devoir investir : des aménagements à la maison, et plusieurs prothèses.  » Pour le sport, pour la douche, une un peu plus esthétique, c’est important pour une jeune fille de 18 ans « , précise sa mère. Une partie de ces dépenses n’est pas prises en charge par l’INAMI.  » Il y a encore beaucoup de points d’interrogation « . Alors, les amis d’Elia se sont mobilisés. Ils ont lancé un crowdfunding, un financement participatif sur Internet, qui rencontre déjà un franc succès.

Je ne pensais vraiment pas qu’à 18 ans, je ferai partie des premières victimes du Covid

Elia compte donc reprendre le sport dès que possible. Elle espère aussi pouvoir faire sa rentrée en rétho au mois de septembre, même si elle reste trop faible pour l’instant.  

Elia n’a pas vraiment connu le confinement. Elle a découvert les fameux  » gestes barrières » après un mois de coma et sort de l’hôpital dans un monde qui se déconfine, alors que le nombre de contamination est à nouveau en légère hausse,ces derniers jours. Pour elle, raconter son histoire, c’est aussi une façon de faire passer un message : « Je ne pensais vraiment pas qu’à 18 ans je ferais partie des premières victimes du Covid. Protégez-vous et protégez les autres parce que ça peut arriver à n’importe qui et avoir de lourdes conséquences sur nos vies. »

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