Des nanotubes de carbone dans les poumons de petits Parisiens

Pour la première fois, des nanotubes de carbone issus des pots d’échappement ont été observés dans les poumons de jeunes enfants asthmatiques.

Lorsqu’ils se sont engouffrés dans l’intimité pulmonaire de jeunes Parisiens, les chercheurs du Laboratoire d’étude des techniques et instruments d’analyse moléculaire (LETIAM, IUT d’Orsay) ne s’attendaient sans doute pas à y découvrir des tiges de carbone de quelques centaines de nanomètres de long (100 nanomètres = 0,0001 mm).

Les 69 jeunes âgés de 2 à 17 ans choisis pour l’expérience avaient tous la particularité d’être asthmatiques. En effet, afin de s’assurer que leur asthme n’est pas le symptôme d’une maladie plus profonde, ces patients doivent subir des examens approfondis, comme des lavages broncho-alvéolaires, permettant de collecter des cellules pulmonaires.

100% des échantillons concernés

Microscope, rayons X, spectroscopie, infrarouge: l’analyse détaillée de ces échantillons a révélé que tous les enfants, sans exception, avaient dans leurs poumons des nanotubes de carbone. Les auteurs de l’étude soulignent néanmoins que les résultats ne permettent pas de faire le lien entre la présence de ces composés dans les poumons et l’asthme.

De précédentes études avaient retrouvé ces nanotubes dans l’air ambiant de maisons à El Paso et Houston (Texas) ainsi que sur des toiles d’araignées en Inde. Par contre, c’est la première fois que leur présence est détectée chez l’humain.

Pots d’échappement

Pour savoir d’où viennent ces entités minuscules, dont certaines existent à l’état naturel, les scientifiques ont prélevé des poussières provenant de pots d’échappement de voitures et de la façade d’immeubles situés au bord de routes plus ou moins fréquentées dans les Hauts-de-Seine. Ils leur ont ensuite fait subir les mêmes analyses que les échantillons humains. Les résultats, publiés dans la revue EBioMedicine, ne laissent place à aucun doute: les nanotubes dans les poumons des enfants sont les mêmes que ceux qui sortent des pots d’échappement.

Pour l’heure, rien ne permet de dire que ces nanotubes présentent un danger pour la santé. «Il n’y a aucun lien direct établi entre les maladies respiratoires et les nanotubes», tempère Damien Alloyeau, chargé de recherche au laboratoire des Matériaux et phénomènes quantiques à l’université Paris Diderot et coauteur de l’étude. Néanmoins, des études ont déjà montré que l’exposition prolongée aux particules fines augmente le risque de maladies cardiovasculaires et respiratoires, de diabète et de cancer du poumon.

Le chercheur et ses collègues poursuivent leurs travaux: «En ce moment, nous étudions la façon dont nos organismes dégradent les nanotubes. Nous avons découvert récemment que les macrophages, des cellules chargées de détruire tous les éléments extérieurs au corps, sont capables de perforer un certain type de nanotubes. Il reste à évaluer l’efficacité de ce recyclage, mais cela semble être une bonne nouvelle».

«Il est impératif d’étudier ces interactions pour éviter de futurs drames sanitaires comme l’amiante», conclut Damien Alloyeau.

Source : Le Figaro