Demandeurs d’asile : la carte et les chiffres pour comprendre

En 2014, plus d’un demi-million de personnes ont déposé une demande d’asile dans l’Union européenne. C’est deux fois plus qu’en 2011, selon les chiffres de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR).

Demandeurs d’asile : la carte et les chiffres pour comprendre

En Europe, ils sont principalement syriens, afghans et kosovars.

Réfugié ou demandeur d’asile ?
Selon l’UNHCR, « un demandeur d’asile est une personne qui dit être un(e) réfugié(e) mais dont la demande est encore en cours d’examen. »

Mais la situation globale de crise migratoire cache de nombreuses disparités locales. En 2014, les quatre pays européens qui ont reçu le plus de demandes d’asile sont l’Allemagne, largement en tête, puis la Suède, l’Italie et la France.

En proportion de la population, une autre carte se dessine. Après la Suède, ce sont le Monténégro, la Hongrie et l’Autriche qui reçoivent le plus de demandes.

Faible proportion de demandeurs en France

Pierre Henry, le directeur général de l’association France terre d’asile, explique ce phénomène :

« Avec les routes asiatiques et des Balkans, empruntées par les migrants, la France a une position géographique qui la “protège”. L’impact sur la Hongrie, par exemple, est beaucoup plus fort, avec quatre fois plus de demandeurs d’asile qu’en France, proportionnellement à la population. Face à cela, l’Europe a manqué de réactivité et de solidarité et la Hongrie a dressé un mur. »

Cette tendance s’est accentuée encore ces derniers mois. De janvier à juin 2015, la Hongrie a ainsi enregistré 65 415 demandes d’asile, soit davantage que sur l’ensemble de l’année 2014. Même situation en Allemagne, où 188 486 demandes ont été déposées entre janvier et juillet de cette année, contre 173 070 pour toute l’année 2014.

Règlement de Dublin : « aberrant et inutile »

En France, la situation est différente, bien loin de l’idée d’un afflux massif de demandeurs d’asile. Elle a enregistré un peu moins de 30 000 demandes pour les six premiers mois de 2015, en stagnation par rapport à 2014 et même depuis 2012.chart

Si beaucoup dénoncent la responsabilité de la convention de Schengen – cet accord qui permet aux personnes de se déplacer librement au sein des pays membres de l’Europe – dans la crise européenne, Pierre Henry pointe un autre responsable, le règlement de Dublin. Ce règlement européen détermine quel Etat doit examiner la demande d’asile d’un réfugié :

« Le système fait reposer tout le poids des migrations sur le premier pays d’accueil, c’est aberrant et injuste.

Aujourd’hui, face à la pression migratoire, Dublin a sauté et l’Europe n’a pas réagi, elle est redevenue un nain politique. »

Un accueil très disparate

Les disparités entre les politiques menées dans les différents pays de l’Union européenne sont de plus en plus criantes. Elles s’illustrent notamment par le taux d’acceptation des demandes d’asile.

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Ainsi, la Hongrie se distingue par un niveau très faible de droit d’asile accordé. Sur 5 445 demandes traitées en 2014, seules 510 personnes ont obtenu le droit d’asile.
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En France, la part est un peu plus élevée, mais reste faible, avec un peu plus de 20% des demandes acceptées.
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Ce n’est pas grand-chose par rapport à l’Allemagne. En 2014, elle a accordé l’asile à plus de 40 000 personnes sur un peu plus de 95 000 demandes traitées. Pierre Henry pointe l’absence d’harmonisation :

« Au siècle dernier, en 1999 lors du Conseil européen de Tampere, le droit d’asile devait être harmonisé. Seize ans plus tard, on voit que la réalité est très éloignée. »

320 000 migrants en Méditerranée en 2015

L’UNHCR suit de près une autre route, celle de la Méditerranée, qui s’est avérée terriblement meurtrière. L’agence des Nations Unies a mis en place un site qui recense quotidiennement le nombre de migrants arrivant par la mer. Il dénombre aujourd’hui plus de 320 000 arrivées depuis le début de l’année 2015, dont plus de 40% viennent de Syrie.

Plus de 2 000 d’entre eux sont morts en mer depuis le début de l’année.

Face à ces chiffres, qui marquent l’ampleur du phénomène migratoire en Europe et la très grande disparité des pays dans l’accueil des réfugiés, le directeur de France terre d’asile fait plusieurs préconisations :

« Il faut réguler et organiser les flux migratoires. En commençant par installer des centres d’accueil et de transit en Europe.

Il faut aussi que la communauté internationale se saisisse de la problématique. Le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU doit servir à un projet commun humanitaire. »

Source : nouvelobs.com