Coronavirus : les 8 contradictions et mensonges de Didier Raoult

La commission d’enquête sur le coronavirus de l’Assemblée nationale a auditionné ce mercredi le professeur Didier Raoult, qui s’est permis d’émettre des propos discutables, voire mensongers ainsi que de nombreuses contre-vérités et contradictions.

« Vous êtes l’un des visages de la crise sanitaire », lance Brigitte Bourguignon, députée LREM. La présidente de la commission d’enquête sur le coronavirus de l’Assemblée nationale et ses autres membres ont auditionné ce mercredi le professeur Didier Raoult, défenseur de la controversée hydroxychloroquine. L’autoproclamé « Mozart de l’épidémiologie » a délaissé pour l’occasion sa célèbre blouse blanche pour une veste de costume et une chemise à carreaux. Mais le ton, lui, n’a pas changé : provocateur, présomptueux, sûr de lui, un peu trop peut-être, quitte à ne pas s’encombrer de la vérité, et à se permettre des propos discutables, voire mensongers ainsi que de nombreuses contre-vérités et contradictions relevées par l’Express.

Rhétorique habituelle et théorie du complot

« Plus on parle, plus on dit des bêtises », a-t-il reconnu lors de son échange avec les élus. Effectivement, l’audition a commencé par le déroulement de sa rhétorique habituelle, fustigeant les modèles des épidémiologistes, rappelant que lui à Marseille soignait directement des patients, et criant au complot autour de conflits d’intérêts avec Gilead qui expliqueraient selon lui les positions de nombreux de ses confrères contre l’hydroxychloroquine, le professeur Raoult a fait du professeur Raoult.

Mais c’est ensuite que l’histoire se gâte. Pendant plus de deux heures, Didier Raoult a répondu à des questions souvent très complaisantes des députés, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne s’est pas encombré avec la vérité. Malgré avoir prêté serment avant de s’exprimer, l’infectiologue n’a pas hésité à émettre quelques grossières contre-vérités, allant parfois jusqu’aux propos mensongers.

1/ « Je n’ai jamais dit ça sur la deuxième vague, c’est un fantasme journalistique. Je n’ai d’ailleurs jamais prononcé les mots deuxième vague »

Dans une vidéo du 12 mai filmée par l’IHU, sans qu’aucun journaliste ne soit présent sur place, le professeur Raoult déclarait : « On voit que cet épisode est en train de se résoudre et qu’il n’y a nulle part de deuxième vague ou de dos de chameaux ». « L’épidémie est en train de se terminer » avait-il enchaîné. Le 30 avril, sur BFMTV, il faisait déjà le même pronostic : « Des infections respiratoires dans lesquelles il y a des secondes vagues, il n’y en a pas, donc je ne vois pas pourquoi il y en aurait pour celle-là. »

Ces propos sont faux, puisque par le passé, on a déjà pu observer des scénarios similaires avec des deuxièmes vagues. Ce fut notamment le cas de la grippe espagnole entre 1918 et 1919 (H1N1) où la première vague de mars 1918 s’est atténuée pendant les mois d’été, avant de repartir violemment lors de l’automne 1918. D’autres pandémies ont connu des parcours similaires, celle de grippe asiatique entre 1956-1958 (H2N2) ou encore celle de la grippe A, entre 2009-2010.

2/ « Je ne fais pas de prédictions », « Je ne suis pas prophète, même si je suis barbu »

En janvier dernier, Didier Raoult était l’un des premiers à minimiser l’épidémie apparue en Chine. Le 1er février, dans le JDD, il expliquait que « le coronavirus n’est pas si méchant ». Le 17 février, dans une vidéo de l’IHU intitulée« Coronavirus : moins de morts que par accident de trottinette », il assurait : « Il y a très peu de maladie infectieuses qui se répandent dans tous les espaces de la Terre au même moment, ça n’existe pas, c’est très très rare ».

Le 21 mars, dans la Provence, sur le nombre de morts, il pronostiquait :« Là, on en est à moins de 500. On va voir si ça arrive à en tuer 10 000, mais ça m’étonnerait ». En avril, dans une vidéo de l’IHU : « Je ne prédis pas l’avenir, mais si les choses continuent comme ça, on a bien l’impression que ce qui était l’une des possibilités de cette maladie, c’est-à-dire une maladie saisonnière, est en train de se réaliser. Il est possible que d’ici un mois, il n’y ait plus de cas du tout dans la plupart des pays tempérés. » Alors, en effet, ce n’est visiblement pas un prophète. Mais concernant les prédictions, on peut clairement dire que Didier Raoult s’est fait plaisir.

3/ « L’hydroxychloroquine est une molécule banale, avec 36 millions de comprimés délivrés l’an dernier et je ne comprends pas que l’on puisse d’un jour à l’autre en interdire la prescription »

Le débat autour de l’hydroxychloroquine est le fond de commerce du professeur Raoult. Et il ne vaut mieux pas le chercher sur le sujet. Si le ministre de la Santé avait initialement autorisé la prescription d’hydroxychloroquine pour les malades inclus dans des essais cliniques, et pour les patients graves hospitalisés mais l’avait en revanche interdite dans d’autres situations, c’était notamment pour répondre aux médecins qui réclamaient de pouvoir prescrire cette molécule, en attendant des tests plus concluants sur la question. Le professeur Raoult avait quant à lui affirmé à plusieurs reprises clamé son efficacité et revendiqué sa prescription globalisée dans le monde entier.

Il s’était également interrogé ironiquement sur « ce qui a pu changer dans ce médicament très largement prescrit jusqu’ici ». Une manière explicite d’ignorer volontairement que l’hydroxychloroquine peut effectivement avoir des effets indésirables cardiaques. Pourtant, le risque existe bel et bien. Ce risque pourrait d’ailleurs se voir amplifié à la fois par le Covid-19, qui a lui-même des effets cardio-vasculaires, mais aussi par l’azithromycine. Et en réalité, le Pr Raoult le sait bien : lui-même explique faire des examens cardiaques poussés aux patients à qui il prescrivait son protocole.

4/ « La randomisation est un standard associé à l’industrie pharmaceutique qui ne me convient pas »

Les essais cliniques randomisés consistent à sélectionner des patients au hasard et à leur attribuer un traitement de manière aléatoire. Il s’agit d’une condition standard en statistiques qui permet notamment de s’assurer de la validité des résultats puisqu’elle assure que les deux groupes (patients traités avec un traitement ou sans) ont le même risque face à la maladie au départ. Cette méthode permet également d’isoler les molécules à étudier et d’avoir des résultats précis.

Il peut notamment être renforcé grâce au principe du « double aveugle » dans lequel ni les patients, ni les médecins ne savent à qui est distribué le traitement. À la base de la médecine moderne, il est considéré comme le meilleur mode d’essai, le « gold standard » visant à éviter les manipulations de résultats et donc, justement, de lutter contre les potentielles dérives de l’industrie pharmaceutique ou de scientifiques peu scrupuleux. On comprend donc qu’il s’agissait là d’un argument fallacieux pour répondre aux accusations concernant ses études sur l’hydroxychloroquine.

5/ « Il y eu quatre études randomisées, dont trois disent que l’hydroxychloroquine marche mieux qu’un placebo »

Après avoir critiqué à plusieurs reprises, comme nous venons de l’évoquer dans le point précédent, les essais randomisés, il est surprenant de constater que, quand ça l’arrange, le professeur Raoult se réfère à de tels essais pour défendre son traitement. Concernant les études en question, elles existent, mais l’interprétation des résultats du professeur Raoult est quelque peu déroutante. En effet, comme l’a rappelé récemment le journal Science, trois larges études randomisées ont en effet montré qu’il n’y avait… pas de bénéfice à attendre de l’hydroxychloroquine, que ce soit en prévention, pour deux de ces études, ou chez des patients sévèrement atteints pour la troisième.

Par ailleurs, des résultats d’un très large essai clinique randomisé (Recovery) réalisé en Grande-Bretagne sont venus confirmer ces conclusions. Cet essai, ajouté à l’accumulation d’autres évidences, a été jugé suffisant par l’Organisation mondiale de la santé, mais aussi par les National institute of health aux Etats-Unis, pour arrêter tous les protocoles menés avec cette molécule. Il ne faut pas oublier non plus que l’essai Discovery avait inclus, à la demande des pouvoirs publics, un pan d’étude sur l’hydroxychloroquine, qui vient d’ailleurs d’être arrêté, à la suite de la publication de différents essais négatifs avec cette molécule. Encore raté.

6/ « On voit qu’il y a eu 20% de morts en moins quand on a traité avec l’hydroxychloroquine »

Encore et toujours la chloroquine. Une fois n’est pas coutume, le professeur Raoult utilise ses propres essais contestés, pour affirmer des positions fermes sur son traitement, qui sont pourtant remis en cause par les autres scientifiques.

Comme les essais RCT menées sur l’hydroxychloroquine montrent que cette molécule ne procure aucun bénéfice pour les patients Covid-19, il n’existe donc aucune preuve solide permettant d’affirmer aujourd’hui qu’un tel traitement aurait pu éviter des morts. Au contraire, les effets potentiellement néfastes de l’hydroxychloroquine en cas de mauvaise prescription, d’autant plus avec des médicaments comme l’azithromycine, sont avérés.

7/ « La décision du confinement ne repose pas sur des données scientifiques établies claires et démontrables, ça ne sera jamais démontré »

La majorité de la communauté scientifique s’accorde pour reconnaître que les mesures de confinement ou ont été efficaces pour enrayer la propagation du coronavirus SARS-CoV-2 et donc pour éviter un grand nombre de morts. Dès le mois de mars, des chercheurs de l’Imperial College London, parmi les plus compétents de la planète, calculaient que le confinement avait permis d’épargner entre 21 000 et 120 000 vies en Europe.

Ces travaux ont, par ailleurs, motivé le gouvernement anglais à changer sa stratégie et à appliquer un confinement.

Depuis, l’Imperial College de Londres a analysé les principales mesures prises dans 11 pays dont la France, l’Espagne, l’Italie ou encore le Royaume-Uni telles que l’interdiction des événements publics, la restriction des déplacements ou la fermeture des commerces et des écoles. Leur étude publiée dans Nature conclu que cela a permis d’éviter 3,1 millions de morts, dont 690 000 en France. Les auteurs soulignaient que les mesures s’étant succédé dans un calendrier rapproché, il était difficile d’évaluer l’impact de chacune d’entre elles séparément, mais ils concluaient que « le confinement a eu un effet substantiel » sur le contrôle de l’épidémie.

8/ « L’Europe et les Etats-Unis sont isolés par rapport au reste du monde, où l’hydroxychloroquine a été massivement prescrite »

C’est l’une des phrases habituelles du professeur Raoult pour défendre son traitement. Le 30 avril sur BFMTV, il avait déjà indiqué qu’il y existait « une cassure dans le monde, entre les pays du Sud qui ont utilisé la chloroquine, puis l’hydroxychloroquine et l’azithromycine, comme on a fait nous (à Marseille), d’une manière massive, et qui ont des taux de mortalité très bas. En Extrême-Orient, en Chine, en Corée des millions de gens ont été traités avec cela ».

Si certains pays d’Asie comme l’Inde, la Chine,la Malaisie, de la Corée du Sud ou de la Thaïlande prescrivent en effet ce traitement, il est très difficile d’attribuer un éventuel effet de ces médicamentssur les taux de mortalité enregistrés dans ces pays. Pour ce faire, il faudrait avoir les conclusions d’essais randomisés sur ces populations. Essais qui, une fois réalisés, ont discrédité l’hydroxychloroquine.

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