Ce bateau mange du plastique pour avancer

Inauguré à l’état de prototype, ce catamaran fera en 2020 un tour du monde avec pour seule énergie… des déchets en plastique. Transformés à bord en carburant, ils feront tourner les moteurs.

Ce bateau mange du plastique pour avancer
À force de sillonner les mers et océans du globe, Simon Bernard avait presque fini par se résigner à croiser sur sa route des résidus de plastique. Mais lorsque cet officier de la marine marchande a fait un jour escale à Dakar, au Sénégal, il a eu un déclic. « Ce jour-là, beaucoup de gens se massaient près du bateau à la recherche d’un petit boulot et il y avait des plastiques abandonnés partout sur les plages et le long du littoral, raconte son collègue officier Alexandre Dechelotte. Il s’est demandé si on ne pourrait pas réutiliser ces déchets et leur donner une seconde vie pour créer une économie locale. »

Voilà comment est née entre les deux hommes, et deux de leurs copains ingénieurs, l’idée de créer le premier navire de la planète capable d’avancer grâce à des déchets en plastique. La secrétaire d’État à l’Ecologie Brune Poirson se déplacera ce vendredi à Concarneau (Finistère) pour inaugurer un prototype de ce bateau révolutionnaire dont la version grandeur nature fera un tour du monde en 2020.

D’extérieur, rien ne distingue a priori cette petite embarcation de 6 mètres de long d’un catamaran classique. Mais à regarder de plus près les entrailles d’«Ulysse» (c’est son petit nom), on comprend pourquoi il est unique au monde.

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Le plastique devient essence

Grâce à la technique de la pyrolyse, les déchets en plastique récoltés par le bateau seront transformés en carburant pour alimenter les moteurs du navire. « Avec un kilo de déchets en plastique, nous serons en mesure de produire un litre de diesel et d’essence », explique le co-fondateur du projet Plastic Odyssey Alexandre Dechelotte.

Même si 18 tonnes de déchets plastifiés sont rejetées chaque minute dans l’océan, seulement une infime partie se retrouve en surface. Le reste coule ou se fragmente en microparticules et ne peut donc pas être récupéré.

«Un atelier flottant de recyclage du plastique»

Le bateau ne jouera donc pas les aspirateurs à plastiques dans les océans. Il se contentera d’aller chercher sa matière première sur les plages et le long du littoral au cours de ses escales autour du monde. « Nous irons ramasser les déchets avec les habitants et ramènerons tous ces plastiques à bord, détaille Alexandre Dechelotte. Une partie de ces plastiques seront recyclés à l’intérieur du navire, transformés en tubes ou en plaques pour être réutilisés par l’industrie locale. Le reste des déchets, non recyclables, sera transformé en carburant. »

Objectif de l’expédition française : faire prendre conscience aux populations locales que le plastique a de la valeur. « Notre bateau est une sorte de démonstrateur, un atelier flottant de recyclage du plastique, explique Alexandre Dechelotte. Notre but est d’inciter partout dans le monde à la création de micro-usines capables, comme Ulysse, de donner une deuxième vie aux plastiques usagés. »

Source : Le Parisien