Assemblée nationale : ses fonctionnaires roulent sur l’or

Assemblée nationale: ses fonctionnaires roulent sur l’or. Certains hauts fonctionnaires du Palais Bourbon gagnent plus que François Hollande et les simples fonctionnaires bénéficient aussi d’un statut très privilégié… et très protégé.

Assemblée nationale ses fonctionnaires roulent sur l’or

Quitte à être fonctionnaire d’État, autant l’être à l’Assemblée nationale.

Certes il faut être entièrement voué à la cause de la vie parlementaire, être disponible tout le temps, ne pas compter ses heures, mais ça rapporte : les quelque 1 300 fonctionnaires du Palais Bourbon sont payés de 75 à 150 % de plus que leurs homologues de la fonction publique d’État, soit une moyenne de 8 000 euros bruts par mois.

Bonus exorbitants

Le magazine Pièces à conviction qui sera diffusé mercredi sur France 3 [1] détaille le fonctionnement de l’Assemblée nationale, très opaque.

Il l’a toujours été, au nom de son indépendance. Bernard Accoyer, qui fut président de l’Assemblée nationale, avait obtenu de la Cour des Comptes un audit sur le fonctionnement de l’institution : le rapport final a été caché et il est presque tabou de l’évoquer.

Les journalistes du magazine d’investigation ont réussi à se procurer la fiche de rémunération d’un haut fonctionnaire de l’Assemblée qui gagne par exemple 5 300 euros de bonus, en plus de son salaire.

Voir aussi le documentaire: Nos très chers sénateurs

Il perçoit notamment une indemnité de législature de 2 000 euros, considérée comme un complément de salaire. Et ce n’est pas la seule prime : les fonctionnaires de l’Assemblée bénéficient d’une indemnité de chauffage, de résidence, et une prime d’habillement (en tout 1 000 euros par mois).

« Le statut de la fonction publique parlementaire est un statut favorable », reconnaît Bernard Roman, le premier questeur de l’Assemblée. On ne saurait mieux dire.

Plus que le chef de l’État

Lors des séances de nuit, interminables à cause des centaines d’amendements déposés par les groupes (la plupart du temps en sachant qu’ils ne seront pas votés), tous les fonctionnaires reçoivent la prime de nuit, même ceux qui ne travaillent pas.

« Certains sympathisent avec le président de séances pour faire durer la séance après minuit et toucher la prime », affirme la collaboratrice d’un député. La facture est salée : 1 600 euros par mois et par fonctionnaire.

Les rémunérations des très hauts fonctionnaires de l’Assemblée peuvent être très élevées : la Cour des comptes a relevé que la moyenne des vingt-quatre rémunérations les plus importantes atteignait 213 000 euros annuels par personne soit près de 18 000 euros par mois. C’est plus que la rémunération du chef de l’État.

Les différentes tentatives pour faire évoluer la fonction publique parlementaire n’ont réussi qu’à la marge. Les postes se sont longtemps transmis par cooptation. Elle est bien rémunérée car elle reste mutique sur la vie des députés. On appelle ça le prix du silence.

Nathalie Mauret

On affirme souvent – peut-être un peu trop rapidement – que les Français se désintéressent de la politique et de leurs institutions. Mais, en ces temps économiques moroses, s’il y a bien un sujet qui doit compter pour tout le monde, c’est comment est utilisé l’argent du contribuable.

Et plus précisément, quel niveau de transparence s’accordent les élus alors que l’on demande au peuple de se serrer la ceinture? Il y a quelques mois, Pièces à conviction s’attardait sur le train de vie des sénateurs.

L’émission d’investigation de France 3 répète l’opération, dans les coulisses de l’Assemblée nationale cette fois, et épingle les députés. Sans réelle surprise, on apprendra que, parfois, l’intérêt collectif se mue en intérêt personnel chez les représentants de cette 5e République. Alors que d’autres pays européens ont fait le grand ménage, jusqu’à quel point le pouvoir français est-il prêt à renoncer à ses privilèges?

Note

[1] Nos très chers députés, numéro de «Pièces à conviction », diffusion le mercredi 9 septembre à 23 h 10 sur France 3

SOURCEleprogres.fr